Repères Écologistes

photoEn 2012, nous avons choisi, malgré un rapport de forces défavorable aux présidentielles, de participer au gouvernement de notre pays, sur la base de notre accord électoral aux législatives, afin, disions-nous, d’être utiles et d’agir pour la réussite de la nouvelle mandature de gauche.

Il y a tout juste un an, lors des journées d’été à Marseille, notre mouvement préparait son congrès. Un congrès qui accoucha difficilement d’une majorité dont le cap politique resta flou à l’exception d’une chose : personne ne remettait clairement en cause notre participation gouvernementale. 

Pourtant après nos bon scores aux municipales –lesquels permettaient aux écologistes de dépasser notre débâcle aux présidentielles et de retrouver un rapport de force conséquent pour influer concrètement sur les politiques publiques- nos deux ministres ont décidé, dans la précipitation, de quitter le gouvernement lors du remaniement ministériel. 

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Notre direction, puis le conseil fédéral ont alors acté cette décision sans que nos adhérentEs aient été consultéEs… En dépit d’un fort souhait de nos sympathisantEs qui, selon les sondages étaient à 85% favorables à notre participation. Certes, nous n’avons guère pesé sur l’orientation de la majorité, à l’exception notoire du refus des gaz de schiste. Mais c’est au moment où l’écologie politique avait de nouveau une capacité réelle d’agir en pouvant exercer les plus fortes responsabilités dans un grand ministère de l’environnement, en renforçant notre poids dans le gouvernement, qu’une décision hâtive et non préparée nous privait de leviers pour être utiles !

S’il n’est plus l’heure, aujourd’hui, de se féliciter ou de regretter ces choix, au moins nous revient il de s’interroger sur le fond: 

Comment développer au plus haut niveau la culture de responsabilité et de gouvernement que nous avons su développer ailleurs, de l’Europe au local, en jouant à la fois le rapport de force institutionnel, la bataille culturelle et la construction de rapports de force dans la société? 

Au niveau local nous agissons au coeur des institutions dans des cadres contraints, passons des compromis nécessaires, réussissons à écologiser la société et pour cette raison, parce que nous sommes utiles, nous faisons de bons scores. Alors comment reconstruire cette cohérence du local au national en ayant en tête la perspective européenne ? 

Pour les écologistes, la question centrale fut toujours celle du «comment faire» pour, du local au global, même minoritaires, proposer, associer, résister et agir concrètement dans le mouvement social et dans les institutions. 

Tenaces ! 

Participer aux institutions, comme les écologistes l’ont décidé dès leur création, c’est refuser la facilité d’en rester à l’écologie du verbe, au ministère de la parole, à la critique certes confortable, mais inefficace si elle ne s’incarne pas dans une alternative capable d’exercer le pouvoir. 

La véritable radicalité ne se niche pas dans des motions internes que plus personne ne lit ou sur des listes internet qui tournent en rond, elle est dans la confrontation avec nos partenaires / adversaires, pied à pied, pour obtenir les avancées qu’attendent de nous nos concitoyenNEs, et en premier lieu nos électeurs-trices. Certes, il faut mouiller la chemise, on prend des coups, on prend parfois le risque de se tromper. Mais, comme l’exprimait Hans Jonas, c’est le propre de l’éthique de responsabilité (allant au-delà de la seule éthique de conviction) que d’encourir ce type de risque. 

C’est parce que nous sommes fidèles à nos convictions, et que nous voulons avant tout être efficaces, réellement transformer la réalité que nous, écologistes, avons créé un parti politique. Notre vocation n’est pas de laisser éternellement les mêmes décider des politiques publiques à notre place (en nous réjouissant cyniquement quand ils échouent), mais bien d’exercer les responsabilités pour faire la démonstration qu’il est possible, avec détermination et opiniâtreté, de changer le cours des choses. 

Nous avons la conviction que c’est ainsi, et seulement avec ce niveau d’exigence, en ne baissant pas les bras mais au contraire en se coltinant avec le réel, que les écologistes seront capables de convaincre nos concitoyenNEs, que nous sommes non seulement des lanceurs d’alerte et des porteurs de solutions, mais aussi ceux qui peuvent mettre en oeuvre le changement nécessaire. Nous pensons que c’est ainsi que nous pourrons redonner du crédit à la politique pour toutes celles et tous ceux qui s’en sont éloignéEs, bien plus qu’en nous repliant sur notre Aventin, dans ce qui n’est perçu par la plupart de nos concitoyenNEs que comme une posture politicienne.

C’est cette fuite devant les responsabilités, ce syndrome de Peter Pan (refus de grandir et d’affronter le réel) qui entrave les écologistes. Il convient au contraire d’appliquer le principe d’éthique de la responsabilité et, comme nous y invite la légende du colibri, de prendre notre part dans la reconstruction de notre démocratie. 

Face à la tentation du repli protestataire ou au mythe de la construction d’une alternative gauchiste d’opposition au gouvernement -laquelle ne peut que conduire qu’à une victoire de la droite et/ou de l’extrême droite- la responsabilité des écologistes est d’agir pour la construction d’un vaste rassemblement associant la gauche, les écologistes, les humanistes républicains et démocrates : nous ne prétendons pas que l’écologie n’est ni de gauche ni de droite, nous savons assurément qu’elle est devant. Cette large coalition commence évidemment par le rassemblement de tous les écologistes, de Pierre Rabhi à Nicolas Hulot. 

Car comment rester spectateurs lorsque la crise environnementale, sociale et démocratique que nous vivons provoque un écroulement progressif de notre système politique dont se repaît le Front national ? 

Ce n’est pas une crise de plus ou des crises en plus qui se combinent et s’additionnent, c’est une rupture civilisationnelle à laquelle nous sommes confrontéEs, au sens où les modèles jusqu’alors mis en oeuvre sont obsolètes, la mondialisation ayant conduit à un changement profond des rapports de force et des conséquences du développement économique et culturel. Les pays dits émergents, la multipolarisation du monde, le retour progressif à la guerre chaude, les catastrophes écologiques, la montée du fondamentalisme, etc., illustrent la responsabilité globale qui doit être celle du politique. Les rapports et les comportements des États-nations, des classes sociales et des communautés issus du capitalisme mondialisé sont obsolètes. 

Plus que jamais, la responsabilité doit nous conduire à penser un nouveau modèle et à agir, y compris au plus haut niveau. 

Vers les Etats-Unis d’Europe 

Dans un monde multipolaire et face à l’urgence climatique, seule l’Europe politique est à la hauteur de ces enjeux. Nous le voyons aujourd’hui, les mauvais résultats économiques de la France ne peuvent être dissociés de la politique menée par l’Europe : ce n’est qu’ensemble que nous pourrons réinventer un modèle social et relever les défis de la mondialisation. Nombreux furent les électeurs européens, frappés ou effrayés par la crise et par le fantasme de la dissolution européenne des identités, qui se sont réfugiés dans la réaction nationale populiste anti-européenne qui, en France, se traduit notamment par le vote FN. 

Si Europe Écologie a perdu plus d’un million de voix par rapport à 2009 et plus de la moitié de ses parlementaires européens c’est parce que nous n’avons pu/voulu transmettre la nécessité de construire enfin les États-Unis d’Europe. Cette volonté doit être au coeur de la refondation de notre projet. 

Rénovons la politique 

Au niveau national, la société est paralysée par des conservatismes : chômage de masse, faiblesse du syndicalisme, atrophie du tissu industriel et des PME-PMI, faiblesse des innovations et de l’engagement en faveur de la transition écologique, refus de la multiculturalité, poids des corporatismes et du mille-feuille politico-administratif, fossé toujours plus large entre les citoyens et leurs représentants… Il faut réformer notre pays de fond en comble et les écologistes doivent être le fer de lance de cette rénovation. 

La question qui est posée à travers l’emprise exercée par le Front national sur la vie politique est celle de savoir quelle société nous voulons. La France cosmopolite ou le repli sur soi, une France humaniste respectant touTEs ces citoyenNEs ou une France moisie, apeurée en recherche perpétuelle de boucs émissaires ? Pour lutter contre le Front National nous devons pour le plus grand nombre, incarner l’espoir d’une nouvelle société par une transformation démocratique. Nous devons convaincre que la transition écologique permettra de dessiner un nouvel horizon créateur de bien-être et de milliers d’emplois. Pour cela, nous devons travailler à construire une coalition large. Il ne s’agit pas de gouverner pour durer, mais de sauver notre pays par la démocratie, l’écologie et l’Europe. 

Vers une nouvelle république

Notre regroupement au sein d’EELV doit s’assumer comme étant la force pour une écologie de gouvernement, une écologie d’alliance et de participation, une écologie de rassemblement et de propositions. C’est en ce sens que les écologistes doivent prendre leurs responsabilités et créer les conditions de leur retour dans un gouvernement du mouvement et non pas de la conservation. Il y a urgence ! Faute de quoi, EELV redeviendra un petit parti protestataire cherchant au mieux à verdir la gauche. Dans cette hypothèse, nous nous ferons déborder et absorber pour une part par la recomposition autour du PS et pour une autre part par le pôle néo-communiste, et, plus grave, nous nous condamnerons à regarder la France s’embourber. 

C’est en ce sens que nous devons proposer à François Hollande et Manuel Valls d’élargir la majorité à partir d’un projet partagé et de l’ouverture du gouvernement. Les enjeux sont trop importants pour demeurer en appui instable sur la seule force parlementaire PS-EELV. Ce rassemblement passe par une nouvelle république, fédéraliste, accordant le droit de vote aux étrangers non communautaires, instituant le vote obligatoire et par la mise en place de la proportionnelle comme condition nécessaire à un modèle démocratique respectueux du vote des citoyenNEs et permettant des alliances contractuelles articulées sur des projets : pas de blanc seing ! 

Pour les prochaines présidentielles, nous voulons un processus de rupture avec le marketing politique des états-majors politiques au profit, en 2017, d’une intervention directe des citoyens dans le processus de désignation du ou de la candidate de la gauche, des démocrates et des écologistes. Les primaires peuvent être un puissant levier participatif, comme on l’a vu en 2011 : elles permettent de dépasser les appareils politiques. Notre solution est le rassemblement démocratique et écologique -dont la primaire est une expression directe- qui puisse fonder les rapports de forces entre les différentes sensibilités ainsi que le niveau de représentation institutionnelle et parlementaire. 

Renforçons EELV, vers un mouvement ouvert 

EELV doit devenir une force fédéraliste aux organisations locales largement ouvertes de type caucus américain ou, pour reprendre les concepts chers à Hannah Arendt, « des conseils », des espaces délibératifs et décisionnels irrigués par les contributions des participants au fur et à mesure des débats et des projets. 

Cela suppose de multiplier les initiatives locales et nationales et de créer des convergences avec toutes celles et ceux qui veulent se mobiliser pour inventer ou partager des expériences fédératrices, structurantes et innovantes. 

De même, notre mouvement doit-il davantage prendre en compte et valoriser les jeunes, les femmes, la diversité, et, des quartiers populaires aux zones rurales, nous devons soutenir davantage les initiatives de nos militantEs qui se sentent isoléEs. S’ouvrir, c’est aussi repenser notre rapport aux entreprises et travailler davantage avec elles. Elles sont aujourd’hui encore trop perçues dans nos rangs uniquement comme l’« ennemi de classe», alors que nombreuses d’entre elles agissent pour la transition écologique. La coopérative doit être redynamisée et notre fondation devenir un outil au service des initiatives locales. La perspective de la COP 21 peut être un puissant levier pour relancer les coopérations entre notre mouvement et les acteurs de l’économie et de la transition écologique. 

Un projet politique écologique, démocratique sans aucun sectarisme, sans exclusive, donnera toute sa place aux citoyens et au renouvellement de la classe politique. 

La société française est en danger politiquement, écologiquement, économiquement et socialement. Nous ne la sortirons pas de cette mauvaise passe sans un rassemblement de gouvernement et une recomposition politique d’un genre nouveau, large et fédéraliste. 

Réforme, Europe, écologie et démocratie telles sont les clés d’entrée pour sortir de la crise. C’est pourquoi notre regroupement au sein d’EELV doit s’assumer comme étant la force pour une écologie de gouvernement, une écologie d’alliance, de participation et de solutions. 

Liste des premier-e-s signataires : 

Kahia Akila, Jacob Akumbum, Eric Alauzet, Rabah Alilouche, Hélène Allié, Anne D’Ambra, Fatima Aoutia, Rodrigo Arenas, Jacques Arthuys, Marie Atallah, David Auerbach Chiffrin, Djibril Bakhayokho, Denis Baupin, Nicole Bellance, Catherine Belkhodja, Fathia Benahmed, Marie Benouchen, Hassiba Bensimon, Fatima Berebih, Farouk Berebih, Andrea de Bernardi, Vincent Berthiot, Daniel Bertrand, Franck Besson, Cécile Bir,Sliman Boiakaz, Daniel Bonnici, Emmanuelle Bouchaud, Ouacher Boudjemah, Mohamed Bougafer, Bernard Bourdeix, Ahmed Bouzid, Alexis Bras, Didier Bras, Hélène Bras, Pierre Braise, Marie-Pierre Bresson, Thierry Brocheriou, Andrée Buchmann, Patrick Chaimovitch, Bernard Chapelier, Gérard Chausset, Roland Compte, Guillaume Conan, Jean Pierre Cruse, Yann Cruse, Nicolas Dang, Anne Marie Daniele, Bernard De Veylder, Elisabeth Debord, Caroline Deforge, Gabriel Delicourt, Jean-Marc Denjean, Gilbert Derus, Jean Desessard, Emilie Djerboua, Corinne Djma, Catherine Dubuisson, Benoit Dufour, Najette Ederoua, Yacin Ederoua, Bouchra El Jouhari, Fayçal Fadmi, Philomene Fereira, Patrick Franjou, Rose de la Fuente, Fernando Gaete, Stéphane Gatignon, André Gattolin, Brice Gerstemberg, Julie Gratz, David Gréau, Alain Goléa, Chantal Gourinel, Yann Guillet, Rachedi Hakim Bouchra Hamdam, Rami Hamed, Saadika Harchi, Soraya Ikherbane, Stéphane Imbert, Rosy Inaudi, Aicha Jabrane, Isabelle Jarry, Françoise Jaumain, Stéphane Joly, Christine Juste, Sonia Kahia, Sabrina Kessous, Joël Labbé, Leila Ladjil, Sabine Laurillay, Nathalie Laville, Serge Le Boullec, Amina Lebik, Claude Leclere, Guilaine Lecurieux, Belita Leitao, Jacques Lemercier, Dominique Leveque, Christelle Licata, Eric Loiselet, Francine Losbar, Ludovic Loudière, Marie Loudière, Rachida Louifi, Damon Lutchmee Odayen, Frédéric Maintenant, Nadjat Manchour, Rodny Marignan, Renaud Martin, Laurent Martinez, Stéphane Massa,Jacques Maurice-Bellay, Janine Maurice-Bellay, Mouloud Medjaldi, Amin Medjdi,Alice Meiringer, Angélique Mélit, Hanane Menasri, Halima Menhoudj, Abdelkader Merouane, Abdelali Meziane, Zine Edine M’Jati, George Moreira, Maurice Morel, Patrick Naizain, Claude Noble, Joel Noyon, Mouloud Ouacher, Beribih Ouari, Gregory Pauleau, Albert Peirano, José Pereira, Nina Pereira, Michelle Perichon, Pascal Pierre-Louis, Christophe Pierret, Jean-Vincent Placé, Lysette Pravixay, René Pravixay, Sandra Renda, Isabelle Ripoll, Xavier Ripoll, Serge Rivet, Christophe Rossignol, Huguette Rostagni, Lionel Roucan, Fabienne Roumet, François Xavier Royer, François de Rugy, Thierry Salle, Marc Sarracino, Guy Sellam, Eric Sirben, Nathalie Sirben, Paul Szabo, Hafid Tachouat, Céline Tournerie, Guy Tournerie, Gary Toussaint, Rosandre Valleray, Julien Vick, Philippe Voiron, Guillaume Vuilletet, Fabrice Wowak, Michel Yvernat, Nadia Zaid, Karim Zeribi.

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