Le fossé se creuse entre les écologistes

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Par Albert Zennou

Publié 

    Julien Bayou, Jean-Vincent-Placé et Cécile Duflot lors de la cérémonie des vœux à la presse d'Europe Écologie-Les Verts, en janvier

    Deux lignes représentées par Jean-Vincent Placé et Cécile Duflot s’affrontent au sein de EELV.

    Les écologistes divisés. La formule est aussi ancienne que l’écologie elle-même. Et pourtant, depuis la sortie des ministres Verts du gouvernement en avril 2014, la fracture au sein du parti n’aura jamais été aussi marquée. Deux lignes s’affrontent dans le mouvement écologiste. La première, incarnée notamment par Jean-Vincent Placé et François de Rugy, plaide pour une écologie pragmatique et milite pour une participation au gouvernement. L’autre ligne, avec pour chef de file Cécile Duflot, se bat pour ancrer l’écologie à la gauche du PS, avec une possible alliance avec la gauche de la gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon depuis que, il y a quelques mois, il s’est découvert une passion pour l’environnement et une attirance idéologique pour l’écologie.

    Et à mesure que bruissent les rumeurs sur un remaniement après les départementales de mars ou les régionales de décembre, la fracture semble même prendre des allures de fossé béant. La participation ou non au prochain gouvernement est devenue le révélateur de cette coupure idéologique. François Hollande, qui sait que sa réélection en 2017 passe d’abord par l’union la plus large possible de la gauche au premier tour, cherche en effet à faire revenir les Verts au gouvernement. «La fracture est profonde, mais elle existait depuis longtemps. La seule différence, c’est qu’elle se révèle aujourd’hui alors qu’auparavant elle était cachée», explique Daniel Boy, chercheur au Cevipof.

    Du coup, la recherche d’une nouvelle alliance entre Duflot et Mélenchon fait craindre à certains une dérive gauchiste. Daniel Cohn-Bendit a d’ailleurs mis en garde son ancien mouvement devant cette tentation mélenchonienne. Christophe Rossignol, l’animateur du courant Repère, dénonce «l’irresponsabilité» des partisans de Cécile Duflot «de n’avoir pas pris en compte la poussée du FN. Ils vivent sur le mythe de Grenoble (cette ville conquise par les écolos au PS lors des dernières municipales) ou sur celui de Syriza en Grèce.»

    David Cormand, le secrétaire national adjoint de EELV, ne croit pas à la réalité de la fracture. «Certes il y a quelques élus qui se rêvent en ministres de Manuel Valls mais ils sont très minoritaires et n’ont à offrir que leur capacité de nuisance. Mais 80 % des militants se sont prononcés pour des candidatures aux départementales en dehors d’une alliance avec le PS. Le parti n’est donc pas écartelé. EELV est comme la très grande majorité des Français qui n’a plus confiance dans ce gouvernement. Faire croire que EELV veut la mort du PS est ridicule. Le PS n’a pas besoin de nous pour se fracturer.»

    Principale cible des partisans de Cécile Duflot: Jean-Vincent Placé, accusé de vouloir vendre son âme écologique pour un portefeuille ministériel. Le sénateur s’en explique: «Je ne souhaite pas d’éclatement. On doit se respecter les uns et les autres. Mais je ne veux pas être minoritaire dans un mouvement emporté par une dérive gauchiste.» Placé défend sa vision de la politique et son envie de peser dans les institutions, d’agir dans les collectivités locales et d’influer sur les décisions. «Il est quand même drôle, ironise Placé, de voir des élus locaux écologistes qui sont devenus gauchistes refuser toute participation gouvernementale mais siéger dans des majorités régionales avec des socialistes pro-Sivens, pro-Notre-Dame-des-Landes ou pro-Lyon-Turin. J’essaie d’éviter les écarts pseudo-éthiques et d’assumer la globalité de la politique que nous devons mener.»

    Les départementales pourraient avoir un effet sur la stratégie des Verts car l’alliance avec le PS est minoritaire. Or un accord électoral avec le PS a un avantage: il offre des places éligibles et des circonscriptions gagnables. «Les élus EELV le savent confusément, il n’y a pas de voie électorale possible en dehors du PS», affirme Daniel Boy. De son côté, Placé table sur l’électrochoc d’une défaite annoncée pour la gauche: «Il va y avoir une réflexion après les départementales quand on aura vu la réalité des candidatures autonomes ou avec le Front de gauche. J’espère que mes amis auront alors une capacité à sortir de leur repli identitaire.»

     

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