Réponse à l’interview de Cécile Duflot dans Libération

Ci-dessous la contribution / réaction de Jean-Marc Denjean à l’interview donnée le lundi 9 mars par Cécile Duflot à Libération, «Ce gouvernement est prisonnier de vieux schémas ».


La logique de Cécile Dufflot est imparable. Il suffirait de changer de politique et tout irait bien. Quelle politique ?

Son expérience de ministre du logement devrait la conduire à plus de modestie. La rhétorique des moyens dans le domaine du logement a pourtant marqué toutes ses limites. Son budget a été l’un des plus favorisé, le logement social a continué à bénéficier du taux réduit de TVA, les aides personnelles aux logement ont été préservées, la loi SRU renforcée. Depuis plus de 15 ans, jamais les organismes HLM n’ont eu autant de moyens pour construire et réhabiliter. N’est ce pas à mettre au crédit du gouvernement et de sa majorité, voire accessoirement à son crédit ?

Pour quels résultats? Un recul de la construction en général, une production de logements sociaux en deçà des objectifs, une vacance des logements privés qui s’accroît. Tout simplement parce que les obstacles sont ailleurs, dans la société, dans la conflictualité des intérêts sociaux et corporatistes. Pas à l’Elysées ou à Matignon.

La dure réalité du marché de l’immobilier qui a entamé la courbe inversée de sa bulle spéculative, la guérilla de certains  lobbies de l’immobilier pour faire échouer, dans sa mise en oeuvre, la loi ALUR, l’opposition farouche des maires de droite (plus nombreux depuis mars 2014) à la construction des logements sociaux, la priorité en terme d’aide  fiscale et de programmation urbaine  aux fameuses couches moyennes au détriment des catégories populaires (ouvriers et employés), au nom de la mixité sociale, voilà autant de vrais obstacles politiques à une « autre » politique du logement.

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L’Elysée et Matignon à la manoeuvre pour diviser les écologistes

Arthur Nazaret – Le Journal du Dimanche

samedi 07 mars 2015

Retrouvez l’article sur le site du JDD.

CARREFOUR DES GAUCHES – Une scission à EELV et la formation d’une sorte de fédération des écologistes pro-Hollande? L’hypothèse existe belle et bien. L’Elysée et Matignon sont à l’œuvre. Hollande a reçu Bennahmias et Lepage. Valls a vu à Matignon les dirigeants de Génération Ecologie. Mais rien n’est encore tranché. Les proches de Duflot pensent qu’à ce petit jeu, l’exécutif a beaucoup plus à perdre qu’à gagner. Reste qu’aux lendemains des départementales, ces écolos pro-gouvernement ont déjà prévu de se voir…

Scission ou pas scission? En coulisse, la question agite les écolos. Et pas qu’eux. C’est tout un petit monde qui est en mouvement pour préparer l’après, au cas où. A l’Elysée comme à Matignon, on reçoit, on encourage et surtout on garde deux fers au chaud. Avec qui faire? Avec EELV ou sans? Faut-il pousser à un rassemblement d’écolos pro-gouvernement? A une sorte de deuxième parti? Il y a quelques semaines, un conseiller élyséen a demandé à voir Duflot. L’option du deuxième parti prend du poids lui a-t-il expliqué en substance. Info ou intox? « Cela me laisse indifférente », répond Duflot.

Depuis des mois, régulièrement, François Hollande reçoit Jean-Luc Bennahmias et Christophe Madrolle, les deux responsables du Front Démocrate. De quoi alimenter une petite musique. Comme dans le même temps Bennahmias dîne avec Jean-Vincent  Placé, qu’il déjeune avec Denis Baupin et qu’il évoque « une sorte de fédération » qui pourrait regrouper les écolos pro-Hollande, l’hypothèse d’un tel big bang prend du poids. « Si tout cela suit son cours, nous irons vers une fédération ou une confédération en capacité de peser sur les politiques économiques et sociales tout en étant pro-Hollande », résume Bennahmias, qui, avant de rejoindre – et de quitter – François Bayrou, avait dirigé les Verts.

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Le fossé se creuse entre les écologistes

Retrouvez l’article sur le site du Figaro.

Par Albert Zennou

Publié 

    Julien Bayou, Jean-Vincent-Placé et Cécile Duflot lors de la cérémonie des vœux à la presse d'Europe Écologie-Les Verts, en janvier

    Deux lignes représentées par Jean-Vincent Placé et Cécile Duflot s’affrontent au sein de EELV.

    Les écologistes divisés. La formule est aussi ancienne que l’écologie elle-même. Et pourtant, depuis la sortie des ministres Verts du gouvernement en avril 2014, la fracture au sein du parti n’aura jamais été aussi marquée. Deux lignes s’affrontent dans le mouvement écologiste. La première, incarnée notamment par Jean-Vincent Placé et François de Rugy, plaide pour une écologie pragmatique et milite pour une participation au gouvernement. L’autre ligne, avec pour chef de file Cécile Duflot, se bat pour ancrer l’écologie à la gauche du PS, avec une possible alliance avec la gauche de la gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon depuis que, il y a quelques mois, il s’est découvert une passion pour l’environnement et une attirance idéologique pour l’écologie.

    Et à mesure que bruissent les rumeurs sur un remaniement après les départementales de mars ou les régionales de décembre, la fracture semble même prendre des allures de fossé béant. La participation ou non au prochain gouvernement est devenue le révélateur de cette coupure idéologique. François Hollande, qui sait que sa réélection en 2017 passe d’abord par l’union la plus large possible de la gauche au premier tour, cherche en effet à faire revenir les Verts au gouvernement. «La fracture est profonde, mais elle existait depuis longtemps. La seule différence, c’est qu’elle se révèle aujourd’hui alors qu’auparavant elle était cachée», explique Daniel Boy, chercheur au Cevipof.

    Du coup, la recherche d’une nouvelle alliance entre Duflot et Mélenchon fait craindre à certains une dérive gauchiste. Daniel Cohn-Bendit a d’ailleurs mis en garde son ancien mouvement devant cette tentation mélenchonienne. Christophe Rossignol, l’animateur du courant Repère, dénonce «l’irresponsabilité» des partisans de Cécile Duflot «de n’avoir pas pris en compte la poussée du FN. Ils vivent sur le mythe de Grenoble (cette ville conquise par les écolos au PS lors des dernières municipales) ou sur celui de Syriza en Grèce.»

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