Mélenchon n’est pas Tsipras, et la France n’est pas la Grèce

Une coalition « Front de Gauche EELV » n’y fera pas le printemps !

Le soutien à Syriza ne fait pas débat. D’ailleurs en France, toute la gauche et tous les écologistes soutiennent Syriza et expriment leur souhait de voir la Grèce s’engager sur une nouvelle voie, allégée du poids, au moins partiellement, de sa dette.

Ce qui fait débat c’est la manière d’importer, d’instrumentaliser le soutien affiché à Syriza dans le contexte français. Jean-Luc Mélenchon, le premier, s’en fait une spécialité. Il n’est pas le seul, certains écologistes lui ont emboité le pas.

Il a suffit d’un meeting de soutien à Syriza auquel Cécile Duflot est venue s’asseoir à côté de Pierre Laurent et de Jean-Luc Mélenchon pour que la sphère politico médiatique s’agite. Il est vrai que Jean-Luc Mélenchon a tout fait pour cela. Dès le lendemain matin il faisait le service après vente chez Jean-Jacques Bourdin en annonçant qu’une coalition entre Front de Gauche, qu’il présentait comme une matrice similaire à Syriza, et EELV était en construction pour les prochaines régionales françaises !

Nous récusons bien sûr une telle instrumentalisation franco française du soutien à un parti qui, demain, va, souhaitons le, exercer des responsabilités gouvernementales, y aspire clairement, et se place d’ailleurs à la fois dans le cadre de l’UE et dans celui de l’Euro.

Nous sommes là très loin des positions de Jean-Luc Mélenchon et de son parti.

Passé de Chavez à Tsipras, Jean-Luc Mélenchon a coutume de trouver son inspiration « ailleurs »et de tenter d’importer des « modèles » apparus dans des contextes très différents de la situation française.

Jean-Luc Mélenchon a créé le Parti de Gauche, en cherchant à imiter son ami Oskar Lafontaine, fondateur, en 2007 de Die Linke (« La Gauche »). Ephémère Ministre des Finances du le gouvernement du chancelier social démocrate Gerhard Schröder dans l’hiver 1998 – 1999, Oskar Lafontaine est en désaccord avec les orientations de la politique conduite par celui-ci. Il quittera le SPD (Parti Social Démocrate Allemand) en 2005.

Jean-Luc Mélenchon, avec le Parti de Gauche, puis le Front de Gauche a choisi de courrir derrière Die Linke. Le résultat, de toute évidence, n’est pas concluant.

Ces jours ci, il court derrière Syriza.

Moins pour Syriza semble t il que pour tenter de capter une partie du capital de sympathie que suscite la dynamique de ce parti qui réinvente la gauche en Grèce et, en attirant à lui des électrices et des électeurs de tous horizons représente à la fois une alternative et une force d’alternance en Grèce.

Au passage la dynamique de Syriza s’affirme comme une réponse à la tentation populiste, à la tentation d’extrême droite qui, et c’est heureux, ne trouve pas son chemin en Grèce.

Jean-Luc Mélenchon n’imprime pas. Il est dans l’opposition frontale, il porte au rouge les clivages, il ne formule pas ou peu de propositions. En outre il porte un euro scepticisme chronique, mâtiné de souverainisme et réactivant des postures « anti boches » qui n’ont rien de … transnationales.

Et pourtant, il exerce une force d’attraction sur certains militants et responsables écologistes, d’habitude si prompt à revendiquer le caractère éminemment distinctif du projet écologiste.

Certes le discours de Cécile Duflot au cours du meeting de lundi 19 janvier en faveur de Syriza se situait pas sur le plan européen et, n’apportait pas de grain à moudre au« rêve » de Jean-Luc Mélenchon. Mais elle est une femme politique suffisamment expérimentée et habile pour savoir que, parfois, les mots pèsent peu face au choc des photos. Elle n’a d’ailleurs pas démenti les propos de lendemain de meeting d’un Jean-Luc Mélenchon prompt à livrer son explication de texte.

En venant dans un meeting de ce type-là, puis en laissant l’ambigüité ouverte, Cécile Duflot donne plus l’impression d’être dans une vision interne à la gauche française et de soutenir Mélenchon plus que de soutenir Tsipras. Il eût été préférable qu’elle n’y aille pas. Le Front de Gauche n’aurait pas pu autant tirer la couverture à lui.

Soyons clairs : pour les écologistes la priorité politique est d’affirmer d’abord le projet écologiste.

Très souvent, la gauche de la gauche présente le parti écologiste comme un satellite du PS. Mais, les même, de toute évidence, ne rêvent que d’une chose : faire des écologistes leurs nouveaux supplétifs pour les aider à sortir du corner dans lequel les françaises et les français les ont placé.

La vieille gauche est ici toujours à l’œuvre, avec l’écologie comme béquille, ou comme masque d’une modernité qui manquerait sinon cruellement.

Les écologistes savent se frotter à des socialistes comme à des communistes lorsque nous ne sommes pas d’accord. Mais, au fond, ils sont pour le rassemblement de tous ceux qui sont ouverts à la discussion. Et ils savent que, pour l’emporter, face à la droite, face à l’extrême droite, il faut rassembler la gauche et les écologistes. C’est la condition pour escompter participer à la conduite des affaires publiques et agir pour infléchir les politiques dans le sens de la transition écologique.

 

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